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Tchad:
l
e berceau inconnu

«Tchad ? C’est où ça ?. Cette phrase, les Tchadiens de la diaspora finissent par s’y habituer. Pourtant, depuis la découverte de Toumaï en 2001, on parle de plus en plus de ce pays comme étant berceau de l’humanité. De quoi piquer encore des curiosités.


Situation géographique et attraits touristiques

Situé en plein cœur de l’Afrique, le Tchad est 5ème pays le plus vaste du continent avec une superficie de 1 284 000Km². Sa population est d'environ 9 950 000 habitants. C’est un territoire enclavé entre la Libye au Nord, la République centrafricaine au Sud, le Cameroun, le Niger et le Nigeria à l’Ouest. À l’Est, le pays partage sa plus longue frontière avec la tristement célèbre région soudanaise du Darfour. (Cela explique la présence au Tchad de plus de 200.000 réfugiés fuyant les conflits du Darfour).

Du Sud au Nord, le pays s’étend d’une forêt claire tropicale, au grand désert du Sahara en passant par une savane arbustive. La température au Tchad varie de 17 °C en décembre à 45°C en avril, selon les regions

Au centre ouest du pays l’emblématique Lac Tchad lutte contre l’avancée du désert malgré l’apport en eau de ses fleuves affluents : le Chari et le Logone. Plus au Nord, culminent deux couronnes de montagnes et de plateaux : le massif du Tibesti avec une altitude de 3415 m au volcan de l'Emi Koussi et le plateau gréseux du Ouaddaï.

Le charme naturel du Tchad c’est aussi le plaisir de croiser des girafes, des éléphants, des gazelles et bien d’autres grands et petits animaux dans la zone Zakouma.


Pour les amoureux des vestiges historiques, les poteries et autres sculptures de l’art Sao sont des beautés exotiques. À propos de Sao, la légende dit qu’ils sont des hommes géants capables transporter un éléphant sur chaque épaule. Ils auraient vécu jusqu’au 16e siècle dans la région du Lac Tchad où l’on trouve encore leurs traces. Ils étaient pour les Tchadiens, ce que les Gaulois sont pour les Français. Cependant, depuis la découverte de Toumaï (ancêtre de l’homme vieux de 7 millions d’année) 2001 faisant du Tchad le berceau de l’humanité, on en parle davantage que des Sao.

Une diversité culturelle dans un pays où tout le monde est noir

À l’image du paysage la culture tchadienne est loin d’être homogène. Le français et l’arabe tchadien sont langues officielles. Mais plus de ces deux langues, il se parle plus de 150 langues vernaculaires, d’un bout de pays à l’autre. Il ne s’agit pas de simples variations d’accents comme c’est le cas avec le français au Québec ou en France. Ce sont des langues bien distinctes les unes des autres, selon les régions. Ainsi un Tchadien parlant le kabalaye ou le moundang au Sud du pays, peut ne comprendre aucun mot du gorane ou du Zagawa parlés au Nord. À titre d’exemple, pour l’expression «comment vas-tu ?», un locuteur de massa de Bongor dira : « ang lidah ?». En ngambaye à Moundou, la même question se traduit par « i tô bann ?» alors qu’en arabe tchadien on dira «kikef inti afé ?».

À chacune de ces ethnies correspondent des valeurs culturelles, des pratiques traditionnelles, des totems et des rythmes musicaux lui sont propres. Ainsi les saras pratiquent l’excision, les lélés ne font pas nécessairement. Si les hadjaraï vénèrent le varan, les marbas en font volontiers un plat juteux. Si les ngambayes dansent le dala, les sara ont plutôt le saï comme danse folklorique, Les massas quant à eux sont les spécialistes naturels de la rythme gournang, etc. N’Djaména la capitale bouillonne de cette diversité cultuelle avec une ambiance si chaleureuse que tous les étrangers qui y vont ne songent que d’y retourner.
Cette multiplicité de groupes culturels ne se limite pas qu’au niveau linguistique. Outre les pratiques et les croyances traditionnelles, les confessions religieuses se côtoient aussi avec une harmonie relative. Il existe les deux religions monothéistes, l’islam (55 % de pratiquants) et le christianisme (35%). Aucune des religions n’est cependant une religion d’État parce que le Tchad est un pays laïc.

Une démocratie mitigée et l’or noir qui fait rêver

En 1990 le dictateur Hissein Habré est renversé par Idriss Deby, l’actuel président. Le Tchad entre ainsi à l’aire démocratique. Le nombre phénoménal des associations sociales, partis politiques et médias actuels ne peut pas démentir cette réalité. La pratique démocratique n'est encore cependant au niveau de la totale liberté d’opinion. Il arrive souvent que des journalistes soient emprisonnés pour des articles dits diffamatoires. Le président Idriss Deby qui terminé ses mandats a dû faire modifier la constitution par référendum pour se faire réélire et demeurer au pouvoir depuis 17 ans. Cela ne fait pas la joie de tout le monde. Outre les partis politiques d’oppositions officielles, le pouvoir actuel fait face à des rebellions armées qui cherchent à le renverser lui aussi.

Sur le plan économique, malgré ses richesses et beautés naturelles le Tchad est  peu développé. Le pays vient à peine d’entrer dans la famille de producteurs de pétrole en 2004 après de longues années de controverses et d’oppositions des groupes environnementalistes. Avec les recettes prévisibles de l’exploitation pétrolière estimées à 2 milliards de dollars pour les 25 prochaines années, on aurait cru à une évolution économique rapide du pays. Mais, le projet semble mal négocié et les retombées ne promettent pas nécessairement la fin de la pauvreté.

Hormis cet or noir qui fait rêver, le Tchad est tout d’abord un pays agropastoral. Le pays exporte surtout du coton, du bétail, et de la gomme arabique. Les Tchadiens ordinaires ne se font pas d’ailleurs d’illusions et continuent avec le même élan leurs activités habituelles. Les uns agriculteurs sédentaires, les autres éleveurs nomades, les paysans tchadiens vivent essentiellement des cultures vivrières de mil, arachide, haricot, et autres céréales , mais aussi de l’élevage de bovin et de caprin ainsi que de la pêche.

Au Tchad, «on peut mourir de faim, mais l’étranger doit manger»

Si l’hospitalité africaine est une légende, la tchadienne ne l’est pas moins. Au-delà de leurs différences culturelles, religieuses et malgré la conjoncture économique peu favorables, les tchadiens sont des gens traditionnellement généreux accueillants et très souriant. Aussi pauvre soit-il, un tchadien qui reçoit un étranger se sent honoré. On dit souvent qu’on «peut mourir de faim, mais il est inadmissible que l’étranger ne mange pas».

L’accueil habituel au sud du pays par exemple, se fait en égorgeant pour l’étranger une chèvre ou un coq pour les plus modestes. Un étranger pressé de partir, peut emporter l’animal vivant. Dans certains cas, on peut égorger un cabri pour le séjour de l’étranger et lui offrir en cadeau d’une ou plusieurs poules vivantes à sont départ. Pauvre ou riche, jeune ou vieux, les Tchadiens connaissent très peut la solitude. Tout se partage en famille au sens très large. Le repas se prend ensemble dans un même plat. De même, l’éducation est l’affaire des tous. Un enfant qui commet une faute est corrigé par n’importe quel oncle ou tante du village sans attendre ses parents propres.
Ces valeurs de vie et de solidarité, les enfants y sont initiés dès leur bas âge. Même à l’égard d’un inconnu, on les éduque à donner sans compter. « Si une personne que tu ne connais pas, vient te demander de l’eau à boire ou des arachide pour manger, monte dans le grenier et donne lui ce qu’il y a. C’est peut-être l’arbre dans la cour qui s’est transformé en une personne pour ton éducation», inculquent les parents aux jeunes enfants, avant d’aller au champ.

Mini-Mini Médard
Article paru dans le numéro du mensuel québecois Les Immigrants de la Capitale

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3e prix du Concours International de Reportage Francophone AFI 2003

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