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Mes Articles
parus dans le mensuel La Quête (Québec) |
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Quand le sacré est massacré
«Chrisss», «tabarnack»,
«calice», «hostie» etc. Voilà des mots d’origine religieuse qui sont
aujourd’hui synonymes de «merde !» au Québec. Je me demande si mon
père qui est très catholique ne s’évanouirait pas
en débarquant ici sans être averti.
Il y a trois ans, je m’étonnais de voir des si
belles et grosses cathédrales presque vides les dimanches. Un ami
immigrant m’a alors dit que : « dans ce pays, tu es plus ridicule
de dire que tu vas à la messe chaque dimanche par rapport à celui qui
dit : je fume du pot tous les jour avec mes chums».
J’ai été hébété de voir ainsi le sacré
massacré. Mais lorsque des amis québécois m’ont expliqué l’histoire
douloureuse de l’Église au Québec, j’ai compris pourquoi tout le monde
est unanime sur la question de la religion. Il y a trente ans,
jouer avec des termes ou signes religieux serait jugé blasphématoire
et les auteurs seraient sans doute excommuniés. Et cela, parce que la
vie était dirigée par les principes religieux.
Aujourd’hui au Québec, la société est régie par la
démocratie et d’autres valeurs de droits humains. La religion, on s’en
«sacre» selon l’expression. Et l’Église n’est désormais fréquentée que
par quelques personnes âgées les dimanche.
Ce que je ne comprends plus, c’est le débat actuel sur les
accommodements raisonnables où la religion semble
mêlée à la culture.
Accommodements raisonnables ! Je me demande
de quel placard on a sorti cette expression
complexe, rien qu’à prononciation. De quoi on parle exactement?
S’agit-il d’un sujet religieux, culturel, juridique ou politique? Et
que vient cherche le mot «racisme» dans tout cela? Ceux qui attendent
des réponses de ma part, seront déçus. Je suis allé jusqu’à
Hérouxville pour essayer de comprendre la question des
accommodements raisonnables. La femme du conseiller
municipal m’a embrassé pour me prouver qu’elle n’est pas raciste.
Mais comme beaucoup de Québécois, je reste perdu dans la grande
confusion.
En
tant qu’immigrant, je ressens un profond malaise en écoutant tout ce
qui se dit dans les médias. Il y a une sage africaine qui dit l’homme
est comme le caméléon. Il change de couleur selon son environnement
pour être en harmonie avec ce qui l’entoure. Cela ne l’empêche pas
pour autant de demeurer caméléon. En écoutant certains leaders
religieux et autres des communautés culturelles, il y a des propos qui
me révoltent. Quand on sait que dans certains pays, l’écart au mode de
vie sociale ou religieux peut être dramatique pour le contrevenant, on
devrait dire merci au Québec d’être plutôt ouvert et indulgent. Je
suis cependant aussi frustré d’écouter certains Québécois de souche
parler comme si ceux qui viennent d’ailleurs n’avaient aucune raison
de garder leurs valeurs culturelles. Il faut aussi comprendre que pour
ces gens, la religion enracinée en eux, n’est pas synonyme d’un passé
douloureux.
Aujourd’hui, quand je croise un Québécois de souche, je ne sais plus
s’il me regarde toujours en ami ou comme un de ces «hosties d’immigrés
fatigants». Ce qui m’amuse, c’est voir que certains se décarcassent
pour essayer de se dissocier de qui on ne sait. Je me rappelle cette
femme dans un bar de Lévis qui m’a accosté avec un sourire tout
québécois. Après m’avoir parler de tout et de rien, histoire de créer
et le maintenir le contact, elle a juger pertinent d’ajouter : «tu
sais, moi je ne suis pas raciste». J’aurais du lui répondre, «moi non
plus», mais j’ai simplement souris pour ne pas la mettre mal à l’aise.
D’autres Québécois s’assurent que je suis catholique avant de se
laisser aller dans leur libre expression. Et quand je me suis amuser à
dire à une fille que je suis musulman, son propos à été plus nuancé
pour ne pas me blesser. Dans tous le cas, on sent un malaise, tant du
coté des Québécois de souche que chez les immigrants. Comme quoi,
depuis que ce débat est ouvert, j’ai fort envie de dire qu’on
progresse plutôt tristement des accomodements raisonnables, vers des «désaccomodements
déraisonnables». J’espère simplement qu’on ne glissera pas jusqu’au
pire : la violence
Mini-Mini Médard
Cet Article est
paru dans le
Nº90-Avril
2007
du mensuel La Quête
(Québec) . Pour lire tout le dossier sur les religions au Québec,
demandez le journal à votre camelot)
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Grippe aviaire
maladie des Blancs ou des Noirs?
Dans
le mensuel La Quête (Québec) N˚89-Mars
2007
Grippe
aviaire ou pas, l’Africain mangera le poulet. Mort ou vivant de la
maladie, il suffit de bien le griller pour éliminer le microbe
dira-t-on. Certains pensent que c’est encore une maladie des blancs.
En Afrique, on aime croire que les Occidentaux ont la manie de
s’alarmer pour de «petites maladies ». Après la maladie de
vache folle, c’est la psychose de la maladie des oiseaux. On dirait
que les scientifiques se donnent le loisir de découvrir tout le temps
ces maladies. Parler de la grippe aviaire peut donc faire sourire bien
des villageois africains, avec ironie, parce qu'ils
ont d'autres chats plus gros à fouetter.
«Chez nous, quand le coq est malade, on se dépêche de l’égorger pour
le manger avant qu’il ne meure», confie N-Gang-Non Tedninga,
originaire du Tchad.N-gang-non est un
musulman. Dans les famille où la religion n'interdit
pas la
consommation de la viande d’un animal mort, on se permet volontiers de
«bien griller» le poulet pour en manger. On se soucie peu de savoir
si sa maladie peut se transmettre aux humains.
Cependant,"la confiance n’exclut pas la prudence ", selon un message
publicitaire de préservatif au Tchad. N-Gang-Non qui vit depuis plus
de cinq ans au Québec, consomme de moins en moins le poulet vendu dans
les épiceries. Sa prudence est surtout accentuée envers le poulet de
l’élevage industriel. «C’est peut-être le fait de gaver les poules
avec des produits parfois chimiques pour les multiplier rapidement qui
amène des maladies», se méfie-t-il. Il estime toutefois qu’il y aurait
moins de risque avec la volaille africaine nourrie aux grains
naturels.
Interrogé à ce sujet, M. Pierre Lafleur du ministère de la santé et de
services sociaux de Québec précise qu’aucune indication ne permet
d’établir que la maladie de poules provient de leur alimentation. «Il
n’y a rien à voir avec les produits qu’on utilise pour les nourrir»,
déclare-il. Monsieur Lafleur explique aussi que la population
québécoise est «extrêmement sensibilisée» et qu’elle met en pratique
les mesures préventives telles que la vaccination et l’hygiène.
Les Africains n’ignorent pas la grippe aviaire, mais dans leur esprit,
c’est encore une maladie lointaine. «On en parle à la radio, on craint
que cela arrive jusqu’à chez nous, mais on ne panique pas trop pour
autant», témoigne au téléphone Adeline Neloumta, une travailleuse dans
le champ pétrolier de Komé au sud du Tchad.
Malgré les campagnes d’information et de prévention, certains
Africains ne l’admettent pas toujours. Au Nigeria par exemple, «les
gens disent que c’est la chaleur qui tue les poules », indique Romain Dacko, étudiant malien en recherche pharmaceutique à l’université
Laval. C’est pourtant dans ce pays que l’organisation mondiale de la
santé (OMS) a confirmé le décès d’une femme de 22 ans le 16 janvier
dernier. C’est la première victime humaine connue du virus H5N1 en
Afrique subsaharienne.
Les autorités sanitaires locales craignent une pandémie. En
collaboration avec l'Organisation des Nations Unies pour
l'alimentation et l'agriculture (FAO), elles rappellent les règles
d’hygiène pour éviter de contacter la maladie. Mais pour les Africains
au village, aucun microbe ne peut résister au feu de la cuisson. Et
comme pour leur donner raison, un document de la FAO soutient que « la
consommation de viandes de volailles est sans danger si elles sont
cuites à 70 °C en toute part et qu'il ne reste aucune chair rosée ».
S’il ne suffit que de cela, jusqu’à la porte du tombeau, l’Africain
mangera le poulet. À en croire Neloumta, «aujourd’hui en Afrique, il
n’y a que le SIDA qui ne fait plus rire». Et dire que cette maladie
fut dépistée elle aussi, pour la première fois États Unis….

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Quand un
itinérant devient guide d’un immigrant
Article paru dans
le mensuel La Quête (Québec) N˚88-Février
2007
C’est quoi ton nom ? Ta date de naissance ? Pis ? Qu'est-ce que je
peux faire pour toi? C’est par cette rafale de questions directes que
je suis accueilli à la Maison de Lauberivière. Comme si j’étais
d’emblée un itinérant en quête de soutien. C’est alors que j’annonce
l’objet de ma visite. On me présente à un intervenant qui me met en
contact avec un bénéficiaire du centre. C’est ainsi que j’ai fait la
connaissance Michel Raymond qui s’est proposé volontiers de faire
visiter « les coins chauds de la basse ville».
Contrairement à mes préjugés,
l’homme s’est très vite ouvert à moi avec générosité. Du Mail
Saint-Roch à l’Îlot fleuri emmaillé de graffitis, nous passons la rue
Saint-Roch et le boulevard Charest. Plus de cinq fois, nous nous
sommes arrêtés pour répondre aux saluts sympathiques de ses amis. «
Tous les itinérants se connaissent», m’apprend-il en me racontant
calmement ce qu’il a dû vivre dans la rue.
La vie, Michel ne l’a pas eue heureuse. Né à Montréal dans une famille
de 5 enfants d’une mère malade très agressive et d’un père alcoolique,
il a été abusé sexuellement et a commencé à boire de l’alcool à l’âge
de 8 ans. Toute sa jeunesse, il n’a connu que la violence et le rejet
: « J’ai vécu ma jeunesse dans la rue plutôt que de vivre avec l’amour
des mes parents. Le ‘’je t’aime’’, je n’ai pas connu ça, quand j’étais
petit. À l’école j’ai connu le rejet parce que j’avais des poux,
j’étais sale », se rappelle- t’il.
Grandissant dans un milieu négatif de motards et de personnes
impliquées dans des crimes, selon son expression, il a vendu et
consommé de la drogue de toutes les sortes. Il a aussi fait de la
prison. En 2001, par exemple, quand sa mère est décédée, c’est avec
les chaînes aux mains et aux pieds qu’il est allé lui dire ses adieux.
Puis un jour, Michel décide de tout arrêter.
Il quitte Montréal en 2003 et achète une maison à Fortierville en
travaillant dans une fonderie. Mais une année plus tard, son père
meurt à son tour. Michel tombe dans une dépression majeure et perd son
emploi. Trois semaines après, sa maison prend feu. Les assurances
refusent de le couvrir parce que celui-ci à un lourd dossier criminel.
L’homme sombre alors dans l’alcool et la consommation de la drogue :
«
Je peux finir une caisse de 24 par jour et ma drogue de choix est le
crack », confesse-t-il. Depuis lors, il a de la difficulté à avoir une
vie stable et s’est retrouvé les mains vides dans la rue. « Je suis
devenu itinérant parce que je ne pensais qu’à consommer pour fuir ma
réalité » explique-t-il modestement.
La vie d’un itinérant, Michel la définit en un mot : douleur. Dormir
dans les parcs et les coins de rue sans rêver d’un lendemain, mendier
pour manger et boire ou acheter de la drogue et de l’alcool, apprendre
à vivre et survivre chaque jour dans la souffrance, ainsi se résume le
quotidien de l’itinérant. En hiver, « en état de consommation,
j’oubliais le froid. Il arrive que les gens me tendent la main, mais
je refuse parce que je préfère qu’on me laisse vivre dans mon monde»,
soutient-il. Mais cette vie, il ne la veut plus.
Même si depuis 2004, il a eu quatre rechutes dans la consommation, il
est déterminé à tourner la page. C’est ainsi que depuis le mois de
novembre 2006, il loge à la Maison de Lauberivière et s’implique dans
des activités bénévoles. Cela l’aide à avoir un but et développer une
énergie positive. Désormais, « chaque matin quand je me lève, je pense
au positif. Chaque jour, je cherche une fierté pour ne pas tomber en
parlant quelques fois aux intervenants», déclare-t-il. Bénéficiaire de
l’aide sociale, il mijote un projet d’un magasin qu’il préfère encore
garder confidentiel, mais qui lui tient à cœur.
Une autre souffrance de Michel, c’est qu’il est père de deux enfants,
mais il ne les connaît pas. « C’est dur, mais je crois qu’un jour je
vais pouvoir les rencontrer. Ce sera un moment de bonheur pour moi et
pour eux aussi j’espère», conclut - il en souriant malgré tout.

MINI-MINI Médard |
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De la
tempête de sable à la tempête neige
Article paru dans
le mensuel La Quête (Québec) N˚87-Janvier
2007
Waouh ! C’est, sans blague, l’exclamation que j’ai aboyé la
première fois que je l’ai vue. C’est donc cela ma la neige ! C’est
plus vrai et plus blanc que les images sur les cartes postales.
J’étais surtout surpris en ouvrant la porte, parce que la grosse
tempête qui était tombée la nuit ne m’avait pas prévenu. Ne me
demandez pas si j’ai suivi la météo la veille. C’est une bonne
habitude québécoise que je n’avais pas encore intégrée.
Habillé comme un vrai ours du nord canadien, je devais traverser une
dune de neige pour me rendre au métro. Il y a de quoi se marrer même
si ce n’était pas drôle. Il ventait et la neige tombait
de plus belles.
J’étais aussi titubant et aussi maladroit qu’un touriste occidental
pris dans le Sahara en plein nord de mon pays, le Tchad. C’est moins
apeurant que le sable mouvant, mais avec le froid et la neige en face,
c’est pareil que le sable chaud du désert dans les dents. J’aurais pu
crier «tabarnack!», mais je ne connaissais pas encore l’expression. En
tout cas pour cette première neige, j’ai terminé trois pellicules de
36 photos que j’ai toutes envoyées à ma mère.
Parlant du froid, avant de quitter mon pays, l’un des plus chaud
d’Afrique pour le Canada, on m’avait averti qu’il y fait très froid.
Mais que signifie ce mot quand on vient d’un pays où il fait 45°C à
l’ombre au mois d’avril ? Décembre, c’est le mois le plus froid chez
nous. On grelotte à 25°C. J’aimerais alors trouver des mots pour
expliquer ce qu’on ressent en passant à -20°C au Québec. Il faut le
vivre pour le savoir. Ce qui est sûr, c’est que je commence à porter
mes gants et mon chapeau depuis l’automne. Je le sais maintenant que
je peux citer aisément les quatre saisons en ordre. Dans mon pays, on
a que 2 saisons : la saison sèche et celle des pluies. L’automne,
l’hiver, le printemps et l’été sont des mots qu’on ne rencontre que
dans les poèmes français étudiés au lycée.
Après trois ans, Je reste encore fasciné par la blancheur de la neige.
C’est un peu comme les tas de coton dans les champs de mon village
natal. Je fais de moins en moins de photos mais de plus en plus
d’activités d’hiver. J’ai travaillé comme déneigeur pendant tout un
hiver. J’ai fait la pêche blanche sur le lac à Oka pour n’attraper
qu’un petit poisson. J’ai fait la guerre de boules de neige lors d’une
sortie à la cabane à sucre, on m’enterré dans la neige, j’ai failli
mourir mais je suis sorti vivant. J’ai donné un spectacle
catastrophique de patin sur carré le d’Youville à Québec. Peut-on pour
autant dire que j’ai réussi à apprivoiser le fameux hiver québécois?
Je ne suis pas très certain.
Aujourd’hui encore, quand on me demande comment je trouve l’hiver, je
réponds: c’est beau pour la poésie et des photos exotiques. Le reste,
c’est discutable.

MINI-MINI Médard
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