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Il y a dix ans, alors que j'étais élève en classe de Terminale A4 aux lycées felix Éboué de N'Djaména, j'écrivais cet texte (paru tel quel) dans le nº  22-Oct.1997 du Bulletin des lycée et collèges de N'Djamena (Tchad). Aujourd'hui encore, la situation n'a pas beaucoup changé.

BULLETIN DE L’AUMONERIE CATHOLIQUE DES LYCEES ET COLLEGES

Nº 22 Octobre 1997

Octobre, c’est la période de la rentrée scolaire au Tchad.
Dure épreuve pour un grand nombre des jeunes comme vous l’exprime
Mini-Mini Médard dans les lignes qui suivent

DUR, DUR D’ÊTRE ÉLÈVE À N’DJAMÉNA !

Au Tchad, durant les dernières décennies, lorsqu’on parle de l’éducation, on évoque très souvent le problème de baisse de niveau, on va jusqu’à parler d’absence de niveau. Au bac par exemple, pour l’année scolaire 1996-1997, il a décembre à la moyenne de 8,5/20 pour avoir 24% d’amis sur les 11.856 candidats. Plusieurs questions se posent alors pour connaître les raisons de cette baisse ou «absence». En se rapprochant des élèves, on découvre que leurs difficultés sont aussi nombreuses que les cheveux de leur tête. Il y a des problèmes communs à tous les élèves et des problèmes personnels.

Les problèmes communs à tous les élèves

Nul ne doute qu’à N’Djaména, quand on n’est pas d’une famille «bien placée», on ne peut que s’inscrire dans les établissements scolaires appartenant à l’Etat (étant donnés que les privés coûtent de l’or). Or, c’est dans ces établissements publics qu’il y a le plus d’entraves. Trois exemples suffissent pour illustrer la situation.

D’abord le nombre pléthorique des élèves dans les salles de classes : au lycée Félix Éboué par exemple, dans une salle de 12 x 7 mètres, on trouve 169 élèves. Ils sont trois voire quatre par table-banc. Il n’y a pratiquement pas d’allées entre les rangées. Les professeurs ne peuvent pas donc circuler dans la salle. Lors d’un devoir, c’est le «laisser-aller». Le contrôle est presque impossible. Il suffit de recopier le cahier pour avoir une bonne note, alors «pourquoi se donner du ma à étudier à la maison ?» Les élèves prennent ainsi l’habitudes de «tricher» pour avoir de bonnes notes oubliant donc l’important : APPRENDRE. Avec ce nombre d’élèves par classe, certains professeurs ne peuvent pas faire plus d’un devoir par semestre. D’autres le fonts mais corrigent à la sauvette les copies. C’est déplorable, mais comment faire autrement quand on sait qu’un même professeur peut tenir trois à quatre classes en moyenne ? Une chose est sûre, pour un professeur, il est impossible de connaître tous ses élèves.

En deuxième lieu, il n’y a quasiment pas de bibliothèque dans les établissements publics. Et même s’il y en a dans certains comme le lycée Félix Éboué, celle-ci est souvent fermée. Pour étudier telle ou telle œuvre avec leurs élèves, les professeurs s’arrangent avec la secrétaire pour dactylographier ou photocopier une portion de l’œuvre choisie. Là encore, des problèmes se posent : outre la qualité archaïque de la machine, il y a le très grand nombre de classes (une soixantaine rien qu’en 2ndcycle). L’unique secrétaire est épuisée. Le travail est «bâclé» (les textes sont mal recopiés).

Enfin, n’y a pas de laboratoires pour les scientifiques. Ils sont transformés musées de verres. Le petit nombre d’appareils qui reste encore ne peut servir qu’au premier cycle, où ils servent surtout à être présentés et nommés

Au vu de ces problèmes, on peut déjà comprendre pourquoi il y a cette baisse ou absence de niveau : étant très nombreux et très serrées en classe, les élèves sont étouffés. Ils prennent de mauvaises habitudes et ne peuvent pas travailler. Il n’y a pas de bibliothèque ni de laboratoire pour leur permettre de compléter leurs cours. Ainsi, si on n’est pas un génie, il n’est pas facile de s’en sortir. Or ce n’est pas tout. Outre ces problèmes communs à tous les, beaucoup élèves souffrent de problèmes personnels.

Quelques problèmes personnels

S’il y a des choses qui entravent vraiment l’épanouissement des élèves tchadiens, ce sont les problèmes personnels de chacun. À N’Djamena surtout, beaucoup souffrent de problèmes personnels.

Il y a par exemple ceux qui habitent des quartiers loin du lycée (8 à 10 km). Quand on n’a pas d’argent pour payer le taxi, il faut quitter la maison à 5heures pour être classe à 7 heures. Si on est de l’après midi, on quitte à 10 heures pour être en classe à 12 heures 15 minutes. Après avoir marché deux heures sous un soleil brûlant, on s’entasse dans une salle de classe où l’on étouffe par plus de 40ºC.

Les plus malheureux sont ceux vivent chez des tuteurs (oncle, grand frère, tante...). En Afrique, un enfant chef un tuteur est rarement heureux, peu mais. C’est le cas Marius qui vit chez son oncle paternel dont tous les enfants ont quitté l’école. On ne lui laisse pas le temps de lire à la maison. A chaque fois qu’il prend son cahier on lui confie un travail. Et même la nuit, quand il veut traiter ses exercices de classe, on déplace de temps en temps la lampe tempête qu’il utilise. Quelquefois, ce sont de pures provocations. Il en souffre, mais pour éviter des rixes (qui pourraient causer son renvoi), il ne dit rien. Il y a même des jours où le tuteur l’oblige à manquer des classes pour faire la boue (c'est-à-dire fabriquer des briques de terre), ou la lessive…

Nombre d’élèves vivent dans les mêmes conditions que Marius. Krebeye, par exemple, vit avec une tante protestante.  Désirant faire des progrès en classe, il s’est abonné à la bibliothèque du centre Emmanuel. Mais quand il s’apprête à y aller, on lui dit souvent : «Vous les catholiques, vous avez trop de cérémonies ; JEC (Jeunesse étudiante chrétienne) par ci, centre Emmanuel, par là, tantôt c’est la réunion de communauté,…Ecoute ! Aujourd’hui tu ne bouges pas ! Tu vas me faire (tel travail) !  Pour éviter d’avoir des ennuis, il se soumet docilement. Et pourtant, il y a des jours où il a besoin d’aller AB-SO-LU-MENT à la bibliothèque.

Outre ceux qui habitent loin du lycée et ceux vivent avec des tuteurs, il a des élèves qui sont «pères de familles» (il y en a qui ont une famille à nourrie, mais il y en a aussi qui s’occupent de leurs parents). Ceux là, parallèlement à leurs études, se débrouillent avec de «petits boulots» au quartier. C’est est dur, c’est de joindre les études et la débrouillardise.

Les problèmes personnels rencontrés par les élèves à N’Djamena sont si nombreux qu’il est impossible de les évoquer tous. Toutefois, une question se pose : Comment font finalement ceux qui réussissent ?

Une peine de plus

C’est vraiment un sacrifice que d’être élève à N’Djamena. Pour faire face aux problèmes évoqués ci haut, les élèves créent leurs propres conditions de travail pour essayer d’être au moins moyen en classe. Cela est une peine de plus.

Certains (ceux qui sont assez grands) ne pouvant plus supporter les caprices des parents quittent la maison familiale et louent une chambre ailleurs. Là encore, il faut se débrouiller après les cours au quartier pour pouvoir se trouver de quoi payer le loyer et aussi le pain de tous les jours.

D’autres supportent de rester avec les parents mais ils passent toutes leurs nuits dans les salles de classes ou à l’Aumônerie des jeunes pour étudier (inutile de dire qu’ils sont visités par les moustiques).

D’autres encore comme Béatrice DANAZOUNE, oublient la notion du repas de midi : Béatrice habite le quartier Amtoukougne (8km du Lycée) Elle s’est aussi abonnées au Centre Emmanuel où elle suit des cours de soutien et peut lire à la bibliothèque. Le matin, elle quitte la maison à 5 heures. Après les cours, elle passe son temps au Lycée et de 15h30 à 18h, elle est au Centre Emmanuel. Ce n’est qu’à 20h qu’elle rentre toute « cassée » à la maison. Là, on lui dit qu’elle aime se promener pour fuir les travaux ménagers. Il lui faut du courage pour tenir le coup jusqu’au bout.

Vu ces difficultés et vu les efforts qu’elle fournit ne ferait-on pas mieux de l’aider ou de lui dire simplement « courage » plutôt que de lui répéter : « Tu n’as pas de niveau» ? 

                     Mini-Mini Médard – Terminale A4

Note iportante
Aujourd’hui encore, alors qu’on est à l’air des nouvelles technologies, la situation n’a pas beaucoup évolué pour les élèves tchadiens. À partir du Québec, nous réfléchissons à des possibilités de créer :

Centre d’Accès et de Formation Informatique
pour les Jeunes du Tchad, à N’Djaména

et
Une bibliothèque pour enfants
à Manga Mongo, dans région Kélo au sud du Tchad

En collaboration avec RAFIGUI Presse Jeunes (www.rafigui.net) et des partenaires québécois et autres. Si vous souhaitez vous joindre à nous, merci de me contacter à :  minimedard@gmail.com
 

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