Au
Tchad, durant les dernières décennies, lorsqu’on parle de
l’éducation, on évoque très souvent le problème de baisse de niveau,
on va jusqu’à parler d’absence de niveau. Au bac par exemple, pour
l’année scolaire 1996-1997, il a décembre à la moyenne de 8,5/20
pour avoir 24% d’amis sur les 11.856 candidats. Plusieurs questions
se posent alors pour connaître les raisons de cette baisse ou
«absence». En se rapprochant des élèves, on découvre que leurs
difficultés sont aussi nombreuses que les cheveux de leur tête. Il y
a des problèmes communs à tous les élèves et des problèmes
personnels.
Les problèmes communs à tous les élèves
Nul ne doute qu’à N’Djaména, quand on n’est pas d’une
famille «bien placée», on ne peut que s’inscrire dans les
établissements scolaires appartenant à l’Etat (étant donnés que les
privés coûtent de l’or). Or, c’est dans ces établissements publics
qu’il y a le plus d’entraves. Trois exemples suffissent pour
illustrer la situation.
D’abord le nombre pléthorique des élèves dans les salles de
classes : au lycée
Félix Éboué
par exemple, dans une salle de 12 x 7 mètres, on trouve
169 élèves. Ils sont trois voire quatre par table-banc. Il n’y a
pratiquement pas d’allées entre les rangées. Les professeurs ne
peuvent pas donc circuler dans la salle. Lors d’un devoir, c’est le
«laisser-aller». Le contrôle est presque impossible. Il suffit de
recopier le cahier pour avoir une bonne note, alors «pourquoi se
donner du ma à étudier à la maison ?» Les élèves prennent ainsi
l’habitudes de «tricher» pour avoir de bonnes notes oubliant donc
l’important : APPRENDRE. Avec ce nombre d’élèves par classe,
certains professeurs ne peuvent pas
faire plus d’un
devoir par semestre. D’autres le fonts mais corrigent à la sauvette
les copies. C’est déplorable, mais comment faire autrement quand on
sait qu’un même professeur peut tenir trois à quatre classes en
moyenne ? Une chose est sûre, pour un professeur, il est impossible
de connaître tous ses élèves.
En deuxième lieu, il n’y a
quasiment pas de bibliothèque dans les établissements publics. Et
même s’il y en a dans certains comme le lycée Félix Éboué, celle-ci
est souvent fermée. Pour étudier telle ou telle œuvre avec leurs
élèves, les professeurs s’arrangent avec la secrétaire pour
dactylographier ou photocopier une portion de l’œuvre choisie. Là
encore, des problèmes se posent : outre la qualité archaïque de la
machine, il y a le très grand nombre de classes (une soixantaine
rien qu’en 2ndcycle). L’unique secrétaire est épuisée. Le
travail est «bâclé» (les textes sont mal recopiés).
Enfin, n’y a pas de
laboratoires pour les scientifiques. Ils sont transformés musées de
verres. Le petit nombre d’appareils qui
reste
encore ne peut servir qu’au premier cycle, où ils
servent surtout à être présentés et nommés
Au vu de ces problèmes, on
peut déjà comprendre pourquoi il y a cette baisse ou absence de
niveau :
étant très
nombreux et très serrées en classe, les élèves sont étouffés. Ils
prennent de mauvaises habitudes et ne peuvent pas travailler. Il n’y
a pas de bibliothèque ni de laboratoire pour leur permettre de
compléter leurs cours. Ainsi, si on n’est pas un
génie,
il n’est pas facile de s’en sortir. Or ce n’est pas tout. Outre ces
problèmes communs à tous les, beaucoup élèves souffrent de problèmes
personnels.
Quelques problèmes
personnels
S’il y a des choses qui
entravent vraiment l’épanouissement des élèves tchadiens, ce sont
les problèmes personnels de chacun. À N’Djamena surtout, beaucoup
souffrent
de problèmes personnels.
Il y a par exemple ceux
qui habitent
des quartiers loin du lycée (8 à 10 km). Quand on n’a pas d’argent
pour payer le taxi, il faut quitter la maison à 5heures pour être
classe à 7 heures. Si on est de l’après midi, on quitte à 10 heures
pour être en classe à 12 heures 15 minutes. Après avoir marché deux
heures sous un soleil brûlant, on s’entasse dans une salle de classe
où l’on étouffe par plus de 40ºC.
Les plus malheureux sont
ceux vivent chez des tuteurs (oncle, grand frère, tante...). En
Afrique, un enfant chef un tuteur est rarement heureux, peu mais.
C’est le cas Marius qui vit chez son oncle paternel dont tous les
enfants ont quitté l’école. On ne lui laisse pas le temps de lire à
la maison. A chaque fois qu’il prend son cahier on lui confie un
travail. Et même la nuit, quand il veut traiter ses exercices de
classe, on déplace de temps en temps la lampe tempête qu’il utilise.
Quelquefois, ce sont de pures provocations. Il en souffre, mais pour
éviter des rixes (qui pourraient causer son renvoi), il ne dit rien.
Il y a même des jours où le tuteur l’oblige à manquer des classes
pour faire la boue (c'est-à-dire
fabriquer des briques de terre), ou la lessive…
Nombre d’élèves vivent
dans les mêmes conditions que Marius. Krebeye, par exemple, vit avec
une tante protestante.
Désirant faire des progrès en classe, il s’est abonné à la
bibliothèque du centre Emmanuel. Mais quand il s’apprête à y aller,
on lui dit souvent : «Vous les catholiques, vous avez trop de
cérémonies ; JEC (Jeunesse étudiante chrétienne) par ci, centre
Emmanuel, par là, tantôt c’est la réunion de communauté,…Ecoute !
Aujourd’hui tu ne bouges pas ! Tu vas me faire (tel travail) ! Pour
éviter d’avoir des ennuis, il se soumet docilement. Et pourtant, il
y a des jours où il a besoin d’aller AB-SO-LU-MENT à la
bibliothèque.
Outre ceux qui habitent
loin du lycée et ceux vivent avec des tuteurs, il a des élèves qui
sont «pères de familles» (il y en a qui ont une famille à nourrie,
mais il y en a aussi qui s’occupent de leurs parents). Ceux là,
parallèlement à leurs études, se débrouillent avec de «petits
boulots» au quartier. C’est est dur, c’est de joindre les études et
la débrouillardise.
Les problèmes personnels
rencontrés par les élèves à N’Djamena sont si nombreux qu’il est
impossible de les évoquer tous. Toutefois, une question se pose :
Comment font finalement ceux qui réussissent ?
Une peine de plus
C’est vraiment un
sacrifice que d’être élève à N’Djamena. Pour faire face aux
problèmes évoqués ci haut, les élèves créent leurs propres
conditions de travail pour essayer d’être au moins moyen en classe.
Cela est une peine de plus.
Certains (ceux qui sont
assez grands) ne pouvant plus supporter les caprices des parents
quittent la maison familiale et louent une chambre ailleurs. Là
encore, il faut se débrouiller après les cours au quartier pour
pouvoir se trouver de quoi payer le loyer et aussi le pain de tous
les jours.
D’autres supportent de
rester avec les parents mais ils passent toutes leurs nuits dans les
salles de classes ou à l’Aumônerie des jeunes pour étudier (inutile
de dire qu’ils sont visités par les moustiques).
D’autres encore comme
Béatrice DANAZOUNE, oublient la notion du repas de midi : Béatrice
habite le quartier Amtoukougne (8km du Lycée) Elle s’est aussi
abonnées au Centre Emmanuel où elle suit des cours de soutien et
peut lire à la bibliothèque. Le matin, elle quitte la maison à 5
heures. Après les cours, elle passe son temps au Lycée et de 15h30 à
18h, elle est au Centre Emmanuel. Ce n’est qu’à 20h qu’elle rentre
toute « cassée » à la maison. Là, on lui dit qu’elle aime se
promener pour fuir les travaux ménagers. Il lui faut du courage pour
tenir le coup jusqu’au bout.
Vu ces difficultés et vu
les efforts qu’elle fournit ne ferait-on pas mieux de l’aider ou de
lui dire simplement « courage » plutôt que de lui répéter : « Tu
n’as pas de niveau» ?
Mini-Mini Médard – Terminale A4
Note
iportante
Aujourd’hui
encore, alors qu’on est à l’air des nouvelles technologies, la
situation n’a pas beaucoup évolué pour les élèves tchadiens. À
partir du Québec, nous réfléchissons à des possibilités de créer :
Centre d’Accès
et de Formation Informatique
pour les Jeunes du Tchad, à N’Djaména
et
Une
bibliothèque pour enfants
à Manga Mongo, dans région Kélo au sud du Tchad
En collaboration
avec RAFIGUI Presse Jeunes (www.rafigui.net)
et des partenaires québécois et autres. Si vous souhaitez vous
joindre à nous, merci de me contacter à :
minimedard@gmail.com