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Sacrée langue de Molière ! Je dois
confesser d’entrée de jeu que je n’ai personnellement aucun problème,
aucun compte à régler avec le français. Bien au contraire, je suis un
amoureux de la langue de Molière. Le français m’a toujours fasciné par
sa richesse, sa noblesse et cette magie qu’elle a de rendre agréable à
l’écoute et à faire paraître nouveau ce que l’on a déjà entendu mille
fois.
Je suis
toutefois de ceux qui pensent que parfois le français est trop
français, je veux dire trop francocentrique ou simplement trop
construit autour des réalités de l’Hexagone, a telle enseigne que
certaines tournures, certaines expressions paraissent, à y réfléchir,
un peu ridicule quand on les emploie dans un autre milieu,
particulièrement en afrique. Je rangerais dans cette catégorie les
clichés relatifs a la race et au climat, deux choses par lesquelles
l’Afrique (l’Afrique «noire» comme on dit pour nous séparer de nos
cousins maghrébins, chose que je conteste, mais ce serais l’objet d’un
autre «coup de plume») se différencie de la France et de l’Europe
(autre thèse contestable mais acceptons-la comme telle pour le
moment).
Il y a
quelques années, je faisais des compliments à l’eau de rose à une
fille de chez moi. La belle demoiselle a la peau d’ébène me répondit
en m’offrant un sourire qui trahit des dents diamantines et en me
coulant un regard qui me convainquit qu’elle méritait bien les
compliments que je lui avais faits, que je la faisais «rougir» !
Quelques jours plus tard, un homme politique bien connu de la place
était en rupture de ban avec le palais. Face aux accusations de
malversation financière dont il faisait l’objet pour la gestion
chaotique d’un projet de développement, il affirma sur un plateau de
télévision que le gouvernement devrait cesser de lui chercher des poux
sur la tête. Cela serait évidemment passé inaperçu si notre bonhomme
n’était pas chauve.
Mon neveu
qui est socialement de souche modeste et qui prépare actuellement un
bac E au lycée technique industriel est un grand bosseur. En mars
dernier, a la faveur de quelque réunion de famille ou nous nous étions
rencontrés, je lui fit remarquer qu’il travaillait trop et qu’il
devrait ménager un petit moment dans son emploi du temps pour les
loisirs. L’industrieux cousin me répondit qu’il n’avait pas le temps
de se distraire parce qu’il voulait se «faire une place au soleil ».
Je ne relevais pas, quoique chercher à se faire une place au soleil
dans un pays où il fait plus de 40 degrés à l’ombre, c’était un peu
insolite ! Sacrée langue de Molière !
Nadjita F. Ngarhodjim
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