Accueil Envoyer le site à des amis Nous soutenir Nous contacter

Plume en Herbes

Mon coeur s'est mis la chamade
(Nouvelles de MINI-MINI Médard)

Jeudi 9 mars 2000, après le rectorat de l'université, j'empruntais l'avenue Maréchal pour regagner ma piaule. Il était à peine 11h, mais déjà les rayons solaires ne  faisaient pas de cadeaux à la tête. Comme de coutume, l’avenue Maréchal était bondée d'élèves et d'étudiants. Les uns allaient, les autres revenaient de différentes écoles, collèges, lycées et université de la ville. Chacun portait dans  son sac et dans sa tête sa part de rêves et d'ambitions pour l'avenir. Des interrogations et des inquiétudes aussi. Les miens étaient pleins de désespoirs:depuis trois ans, je cherchais en vain à m'inscrire à l'université...

- Mais sur quels critères choisit-on exactement les gens? Criais-je très fort en silence.

Je tournais tout cela dans ma tête en marchant lentement vers ma maison. Soudain, deux grosses larmes vinrent me surprendre moi-même et hachurer mes joues. Avant que je ne m’en rendisse compte, une main se posa sur mon épaule gauche, par derrière. Je me retournai en sursaut et me trouvais face à Amina Abdéramane; une camarade de classe, celle sous couvert de laquelle je recevais des correspondances. Amina ne put cacher sa stupéfaction.

- Tu pleures en pleine route?
Que t'arrive-t-il, Nestor?
- Je ne sais pas .Je réfléchissais...
- A quoi penses-tu?
- A ma place dans les années 2000.
- Et c'est ce qui te fait pleurer? Ne vois-tu pas que le monde évolue plutôt bien?
- C'est toi qui le dis. Si tu étais à ma place et que tu devais supporter le poids que cette évolution m'impose tu n'aurais pas envie de vivre.
- Écoute Nestor, c'est juste une question d'attitude. Si tu crois que tu es disqualifié, tu l'es. C'est ton attitude qui compte. N'oublie pas ce message que t'a envoyé ta correspondance Déroine.
- Ne me torture pas Amina je n'ai pas envie de discuter!
- D'accord, mais tu vas te calmer et on va chez moi. OK? J’ai pour toi un courrier à la maison. Devine de qui il vient.
- Déroine !
- Exact!Tu l'aimes vraiment ta Déroine.
- C'est la meilleure de mes correspondances. Elle a toujours su me remonter le moral.

La maison Abdéramane était un appartement hyper moderne qui faisait penser à la résidence d'un coopérant blanc en Afrique. Dans sa grande chambre bien luxueuse, Amina avait quasiment tout ce qu'un jeune du 21ème siècle pouvait posséder: télévision, chaîne musicale, micro ordinateur, téléphone, bibliothèque bien garnie et autres objets. J’ignorais même les noms et l'usage de certains. Comparé à mon entrée coucher perdu au fin fond du faubourg, l'abîme était d'un millénaire entier. Outre ma natte en feuille de rônier, je n'avais pour fortune que des paperasses entassées dans de vieux cartons. Dans un de ces cartons, ramassés à la bibliothèque du Réseau de Lecture Publique, j'avais rangé soigneusement tous mes gribouillis littéraires: poèmes réflexions, nouvelles…de coups de coeurs et de coups de gueules que j'avais de la peine a publier faute de maison d'édition pour des livres et autres productions artistiques du pays. Le pays est pauvre, formule connue de tous. Pourtant, dans ce même pays, l’un des plus pauvre de la planète, on pouvait compter des gens extrêmement riches. Hélas, plus leur opulence croisait, plus le pays s'appauvrissait. Et plus il s'appauvrissait, plus les richesses culturelles du pays s'étouffaient et s'évaporaient dans le néant. En pensant à cette évolution à l'envers. Je ne pus m'empêcher encore de verser des larmes. Amina qui venait de la cuisine avec un copieux plat à la main, ne manqua pas de nouveau la scène.

- Mais qu'est ce qui t’arrive, Nestor? Quel accroc te met-il ainsi aux abois?
-...
- S'il te plait Nestor, au nom de notre amitié, dis-moi ce qui te torture tant.
- Amina, tu sais, le premier janvier 2000, en voyant le soleil se lever, j’ai cru très fort au passage à un temps nouveau. J'ai espéré un siècle de prospérité où tous les jeunes pourraient vivre en communication avec le monde!Je découvre exactement l'envers de mon attente.
- Franchement, tu me surprends aujourd'hui, Nestor. Tu sais, je t'ai toujours considéré comme un garçon courageux, très courageux même. Tu as toujours su prendre la vie telle qu’elle se présente à toi. Ta belle humeur naturelle et ton moral fort ont toujours ravigoté tes amis. Mais qu'est ce qui t'a si gravement blessé aujourd'hui?
- Je venais de la poste où j'ai voulu envoyer un courrier à une maison d'édition en Europe. Mais il se trouve que les institutions et les sociétés internationales n"utilisent plus que leurs adresses Internet ou email. Or l'unique cybercafé de la ville coûte de l'or et   mon maigre capital ne me permet pas d'envoyer une seule page à l'étranger. En rentrant, je suis allé au rectorat pour voir le résultat de ma demande d'inscription à l'université. La réponse est négative. Je n'ai plus aucun espoir. On m'a rendu mes dossiers.

- Tant qu"on vit. Il y a de l'espoir.
- C'est très facile de le dire, quand on n’a jamais connu la misère. Moi, je n'en vois aucun.
- Et à présent, que compte-tu faire?
- C'est justement parce que je ne sais pas que je pleure.
- Et si tu devais émettre deux ou trois voeux, ce serait lesquels?
- D'abord qu'on construise des universités en nombre suffisant pour accueillir tous les bacheliers du pays. Ensuite qu'on crée des maisons de production ou artistiques pour revaloriser et développer ses richesses culturelles. Enfin. Qu’on multiplie des cybercafés pour que les jeunes puissent communiquer avec le reste du monde....
- Sois réaliste, Nestor!Tu sais que tout cela demandera des millions!!Où trouvera-t-on tout cet argent?
- On en trouve quand même pour s'octroyer des villas et des LAGUNA, ma chère. Arrête de m'irriter Amina. Tu ferais mieux de me remettre la lettre.

J'ouvris l'enveloppe et en sortis une très belle carte postale, comme toute celles que m'envoyait Déroine. C'était une courte lettre.

 
Mon cher Nestor,
Voici enfin venu l'occasion de nous rencontrer ! Dans le cadre de son projet cybercafés pour tous, France Technocom recrute des jeunes africains au niveau bac pour une formation de trois ans en france. Après la formation, ces jeunes repartiront dans leur pays respectif où elle installera des cybercafés accessibles à tous. J'ai aussitôt pensé à toi et j'ai inscrit ton nom sur la liste des candidats. Mais, Attention! Ton dossier doit être arriver impérativement avant le 9 mars 2000,18h à l'adresse Internet suivante: www.francetechnocom.fr
Très amicalement
Déroine.

- Wouaou! M’écriai-je. Quelle aubaine!
- C'est vraiment une aubaine confirma Amina
- Mais attends!Le 9 mars c'est aujourd'hui!
- Ah oui!!Quelle heure est-il?
- 14 heures. Il te reste juste quatre heures. Il y a malheureusement délestage, sinon on pourrait l'envoyer de ma machine...
- Merde! Et à quelle heure le courant sera-t-il rétabli?
- On ne sait jamais d'avance, avec notre société d'électricité. Tantôt 17 heures tantôt 20heures
. Parfois on passe. On passe même la nuit sans électricité. Filons vite au cybercafé de la ville. Là-bas on utilise un groupe électrogène.
- J'y ai fait un tour ce matin pour me faire une idée des prix d'un courriel. Le groupe est en panne.
- Donc rien à faire sinon attendre...

Mon coeur s'était mis à battre la chamade. Attendre dans l'incertitude...

- Prie que le courant revienne à temps, proposa Amina
- O Dieu!!

MINI-MINI Médard


Autres Plumes en Herbes

S'il n'y avais pas l'amour, Nouvelle de MINI-MINI Médard

 Et dit tôt !

 Dossiers

  Zooms

Invités

Jeunes & Talents

Arts & Cultures

 Jeunes Plumes

Ça bouge, ça crée

Pages spéciales

Diasporas Échos

Tribune libre

Petites Annonces

 

Copyright © RAFIGUI Presse Jeunes. Tous droits réservés.

Administrateur: MINI-MINI Médard (minimedard@yahoo.fr) | Conception web: Moïse Marcoux-Chabot (timmo_mc@yahoo.ca)