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S'il
n'y avait pas l'amour
Lorsque tout espoir
parait impossible seul l'amour peut sauver. Depuis la mort de mon
aimable père dans cette putain de guerre, toute ma petite vie s'était
plongée dans la rue comme une grenouille dans l'eau chaude. Malgré son
grand amour pour moi, ma mère de pouvait plus satisfaire toutes mes
faims. Il fallait partir. N'importe où. Je voulais me débrouiller pour
me nourrir moi-même et j'étais trouvée dans une bande de cinq petits
gaillards. Les deux garçons: Togue le fort et Dogoum l'intelligent
assuraient notre protection. Caché au quartier Abéna entre les
cadavres des camions de guerre, notre QG n'était visité que par ceux
qui font le caca en plein air. Nous étions sales. On nous crachait
dessus comme sur nos voisins les lépreux. Pour survivre, il fallait
accepter toute forme de suicide. C'est ainsi que je découvris le
vilain métier qu'est la prostitution. Je n'avais même pas encore douze
ans. Comme personne ne nous jetait un regard d'amour, nous n'avions
aucune confiance en personne, même pas en nos parents. Bizarrement ce
matin la, le jour de mon douzième anniversaire, j’avais pensé à ma
mère. Je lui rendis visite. Elle me reçut les larmes pleines aux yeux
mais aucun de ses mots ne put m'empêcher de regagner mes amis. Comme
cadeau, elle m'offrit une fleur de flamboyant en me disant:
- Prend cette fleur Madjiam, ma fille. Garde la avec soin dans ta
chambre, et chaque fois que tu la regarderas pense a moi.
- Je n'ai pas de chambre maman.
- Garde la quand même quelque part insista t-elle.
Puis elle ajouta,
- Retiens ma fille que cette fleur coupée de sa plante mère ne peut
pas se fanée et mourir.
- C'est encore un proverbe? Lui demandais-je.
- Oui ma fille, penses y bien, acheva ma mère.
Je n'y avais rien
compris ou plutôt je m'en étais moqué comme de tous ses interminables
proverbes.
En sortant de chez
ma mère, je fus sidéré de voir une belle voiture LAGUNA devant la
maison. J’ai eu peur en reconnaissant Laoukoura qui me regardait de sa
bagnole avec un certain intérêt. Laoukoura était un oiseau de mauvais
augure. On racontait dans le quartier qu'il volait les enfants pour
les vendre à des marabouts au Nigeria. Tout le monde le redoutait et
le détestait. Ma mère plus que tous. Moi aussi. Ma mère m'avait dit un
jour qu'il rodait dans le quartier qu'il ne cessait de la suivre comme
un flic. Mais que lui voulait-il? Il s'était mis à me suivre, puis
s'en alla en fixant d'un regard long la fleur que je tenais à la main.
A l'aube du
lendemain aussi fort que le froid de décembre me mangeait la peau, mon
ventre réclamait un demi haricot. Je n'avais aucun sou. Mes yeux se
posèrent sur la fleur. Elle s'était fanée. Ma pensée s'envola comme un
papillon vers ma mère. Je compris alors que coupée d'elle je mourrais
avant le couché de mon soleil. Hélas ma mère non plus ne pouvait me
sauvée la vie tant que la vie elle même ne l'arrose pas de ses grâces.
Soudain une main se posa avec force sur ma bouche. Deux hommes bien
enturbannés se saisirent violemment de moi. Ils me précipitèrent dans
une voiture qui partit à une vitesse tombeau ouvert. Mes amis qui
s'étaient réveillés ne pouvaient rien pour moi.
Des lunes et des
soleils s'étaient succédés. Lentement, silencieusement. J’étais en
france. Mon ravisseur Laoukoura s'était réveillé bienfaiteur. Il me
fit inscrire à l'institut Pinguilly des livres pour enfants. J’y
suivis une solide formation m'ouvrant ainsi une porte pour l'avenir.
Le mystère que je n'arrivais toujours pas à élucider demeurait sur le
sens de l'acte de Laoukoura.
Douze mois
passèrent. Le jour de mon anniversaire, nantie d'un prix d'excellence,
je fus offerte comme un présent a ma mère. C’était alors que tout
s’éclaircit. En me remettant à ma mère Laoukoura lui fit une
déclaration d'amour:
- Madame, voici
votre fille. C’est tout ce que j'ai pu faire d'elle. J’aurais bien pu
la vendre à un marabout nigérian pour confirmer l'étiquette qu'on me
colle au dos. Mais jamais l'opulence que je pourrai en tirer ne pourra
égaler l'amour que j'ai pour vous. J’aime et j'aimerai votre fille
comme ci elle était mienne. Mais comme le dit un proverbe de mon
village une fleur coupée de sa plante mère ne peut que se fanée et
mourir. C’est pourquoi je vous la rends en espérant que vous me
pardonnez toute cette peine que je vous ai fait endurer pendant ces
longs mois. je vous aime madame et si vous pouvez répondre a mon
amour, tenez ma main s'il vous plait.
Je vis le coeur de
ma mère s'ouvrir comme le ciel elle prit non seulement la main de
Laoukoura tendue vers elle, mais toute sa personne dans ses bras. Ils
n'avaient besoin ni d'un prête, ni d'un maire de la ville pour sceller
leur union. Comme inquiète, ma mère me fixa d'un regard interrogateur.
Ma réponse fut une question aussi simple que l'eau du Chari:
-
S’'il n'y avait pas l'amour de cet homme, serais-je encore
vivante??
Ma mère laissa
échapper de ses yeux deux belles larmes bien roses. Lorsque tout
espoir parait impossible seul l'amour peut le sauver.
MINI-MINI Médard
Plumes en Herbes
NAUFRAGE,
poème de
DJOUNFOUNE Élodie
Et mon
coeur s'est mis à battre la chamade,
Nouvelle de MINI-MINI Médard |