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Plume en Herbes

AU BOUT DE LA FICTION

Déné drapée dans un beau boubou brodé sans doute au Sénégal était sagement assise sur une chaise. Elle avait lu et relu avec joie la nouvelle que je lui avais remise samedi dernier comme je lui avais promis la veille, elle attendait un autre texte de moi. Impatiemment. Deux bonnes heures se sont écoulées depuis que cette belle sahélienne était là. Tout près de moi. Deux heures que je me torture à trouver un dénouement à mon histoire avant de la lui tendre avant de la lui tendre. Mais, l’angoisse devant la feuille blanche est si forte que ma plume semble paralysée. Un coup d’œil furtif sur mon synopsis n’a pas rallumé l’étincelle de l’inspiration qui avait pourtant aisément jailli au fond de mon âme, de mon cœur plutôt.
La vérité, c’est que Déné me subjuguait. Toutes les fois que je lui avais tendu un écrit, elle le parcourait avec plaisir. Après, dans un tête à tête, elle me faisait une critique parfois acerbe, souvent lucide mis jamais déplacée. A la longue, c’est elle qui m’exhortait à écrire. Chaque semaine, je devrais lui fournir un nouveau texte emballant. C’était comme si on avait signé un pacte. Elle éprouvait un malin plaisir à jouer le rôle de lectrice ; et moi celui d’auteur. Mais voici que ce jour, sans l’avoir voulu, j’étais sur le point de rompre le pacte que nous n’avions jamais signé.
Mon drame, c’était de m’être engagé dans une apparemment sans issue. Ah oui, incapable d’entreprendre une action, je m’étais réfugié dans la fiction. Et Déné, là, à coté de moi, rendait la tache davantage difficile. Le personnage de ma nouvelle, c’était elle en réalité. Et ce jeune homme qui la harcelait presque, qui se disait fou d’elle, n’était qu’un bouc émissaire. A travers lui, c’est l’auteur lui-même qui désirait ardemment la belle sahélienne.
Quand mes yeux croisaient ceux de Déné, impatiente, c’est tout mon être qui ressentait un frisson. Elle était là, Déné, à ma portée. Elle était là, un doux sourire scruté dans sa peau d’ébène ; sa poitrine généreuse. Elle était là, ma déesse, lasse d’attendre que je lui tende un tas de mots.
La frontière entre la réalité et la fiction était gommée. Complètement. Mais comment le lui faire savoir sans perdre notre estime réciproque ? Instinctivement, je laissais tomber ma plume et m’approchais d’elle. Elle sourit. Je fis autant.
Écoute Déné, osais-je.
Quoi! écris plutôt, j’ai envie de te lire.
Mon envie d’élire domicile dans son cœur et non dans sa tête s’accru en cette instant précis. Sans son avis, j’approchais mes lèvres des siennes. Et Dieu merci, elle me laissa faire comme si elle s’y attendait elle aussi. De la chaise au lit, le chemin me parut long, si long. L’autre plume entre mes jambes, se mit alors à écrire en elle une belle page d’amour. Dans le feu de l’action elle murmura au creux de mon oreille droite.
-Un texte alléchant, tu me l’a promis ce soir…
-Tu le veux ? Je n’arrive pas à finiiiiir!
L’action pour une fois, dans le cœur et le corps de ces jeunes épris de belles lettres a pris le dessus sur la fiction.

Renaud Dinguemnayal
 

S'il n'y avait pas l'amour

Lorsque tout espoir parait impossible seul l'amour peut sauver. Depuis la mort de mon aimable père dans cette putain de guerre, toute ma petite vie s'était plongée dans la rue comme une grenouille dans l'eau chaude. Malgré son grand amour pour moi, ma mère de pouvait plus satisfaire toutes mes faims. Il fallait partir. N'importe où. Je voulais me débrouiller pour me nourrir moi-même et j'étais trouvée dans une bande de cinq petits gaillards. Les deux garçons: Togue le fort et Dogoum l'intelligent assuraient notre protection. Caché au quartier Abéna entre les cadavres des camions de guerre, notre QG n'était visité que par ceux qui font le caca en plein air. Nous étions sales. On nous crachait dessus comme sur nos voisins les lépreux. Pour survivre, il fallait accepter toute forme de suicide. C'est ainsi que je découvris le vilain métier qu'est la prostitution. Je n'avais même pas encore douze ans. Comme personne ne nous jetait un regard d'amour, nous n'avions aucune confiance en personne, même pas en nos parents. Bizarrement ce matin la, le jour de mon douzième anniversaire, j’avais pensé à ma mère. Je lui rendis visite. Elle me reçut les larmes pleines aux yeux mais aucun de ses mots ne put m'empêcher de regagner mes amis. Comme cadeau, elle m'offrit une fleur de flamboyant en me disant: 

- Prend cette fleur Madjiam, ma fille. Garde la avec soin dans ta chambre, et chaque fois que tu la regarderas pense a moi.
- Je n'ai pas de chambre maman.
- Garde la quand même quelque part insista t-elle.
Puis elle ajouta,
- Retiens ma fille que cette fleur coupée de sa plante mère ne peut pas se fanée et mourir.
- C'est encore un proverbe? Lui demandais-je.
- Oui ma fille, penses y bien, acheva ma mère.

Je n'y avais rien compris ou plutôt je m'en étais moqué comme de tous ses interminables proverbes.

En sortant de chez ma mère, je fus sidéré de voir une belle voiture LAGUNA devant la maison. J’ai eu peur en reconnaissant Laoukoura qui me regardait de sa bagnole avec un certain intérêt. Laoukoura était un oiseau de mauvais augure. On racontait dans le quartier  qu'il volait les enfants pour les vendre à des marabouts au Nigeria. Tout le monde le redoutait et le détestait. Ma mère plus que tous. Moi aussi. Ma mère m'avait dit un jour qu'il rodait dans le quartier qu'il ne cessait de la suivre comme un flic. Mais que lui voulait-il? Il s'était mis à me suivre, puis s'en alla en fixant d'un regard long la fleur que je tenais à la main.

A l'aube du lendemain aussi fort que le froid de décembre me mangeait la peau, mon ventre réclamait un demi haricot. Je n'avais aucun sou. Mes yeux se posèrent sur la fleur. Elle s'était fanée. Ma pensée s'envola comme un papillon vers ma mère. Je compris alors que coupée d'elle  je mourrais avant le couché de mon soleil. Hélas ma mère non plus ne pouvait me sauvée la vie tant que la vie elle même ne l'arrose pas de ses grâces. Soudain une main se posa avec force sur ma bouche. Deux hommes bien enturbannés se saisirent violemment de moi. Ils me précipitèrent dans une voiture qui partit à une vitesse tombeau ouvert. Mes amis qui s'étaient réveillés ne pouvaient rien pour moi.

Des lunes et des soleils s'étaient succédés. Lentement, silencieusement. J’étais en france. Mon ravisseur Laoukoura s'était réveillé bienfaiteur. Il me fit inscrire à l'institut Pinguilly des livres pour enfants. J’y suivis une solide formation m'ouvrant ainsi une porte pour l'avenir. Le mystère que je n'arrivais toujours pas à élucider demeurait sur le sens de l'acte de Laoukoura.

Douze mois passèrent. Le jour de mon anniversaire, nantie d'un prix d'excellence, je fus offerte comme un présent a ma mère. C’était alors que tout s’éclaircit. En me remettant à ma mère Laoukoura lui fit une déclaration d'amour:

- Madame, voici votre fille. C’est tout ce que j'ai pu faire d'elle. J’aurais bien pu la vendre à un marabout nigérian pour confirmer l'étiquette qu'on me colle au dos. Mais jamais l'opulence que je pourrai en tirer ne pourra égaler l'amour que j'ai pour vous. J’aime et j'aimerai votre fille comme ci elle était mienne. Mais comme le dit un proverbe de mon village une fleur coupée de sa plante mère ne peut que se fanée et mourir. C’est pourquoi je vous la rends en espérant que vous me pardonnez toute cette peine que je vous ai fait endurer pendant ces longs mois. je vous aime madame et si vous pouvez répondre a mon amour, tenez ma main s'il vous plait.

Je vis le coeur de ma mère s'ouvrir comme le ciel elle prit non seulement la main de Laoukoura tendue vers elle, mais toute sa personne dans ses bras. Ils n'avaient besoin ni d'un prête, ni d'un maire de la ville pour sceller leur union. Comme inquiète, ma mère me fixa d'un regard interrogateur. Ma réponse fut une question aussi simple que l'eau du Chari:

- S’'il n'y avait pas l'amour de cet homme, serais-je encore vivante??

Ma mère laissa échapper de ses yeux deux belles larmes bien roses. Lorsque tout espoir parait impossible seul l'amour peut le sauver.

MINI-MINI Médard

Plumes en Herbes
NAUFRAGE, poème de
DJOUNFOUNE Élodie
Et mon coeur s'est mis à battre la chamade, Nouvelle de MINI-MINI Médard

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