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International :
L’enfer noir aux portes du
paradis blanc
En septembre dernier,
des centaines de clandestins désespérés d’Afrique Noire ont bravé à mains
nues les barrières métalliques et barbelées séparant le Maroc et les
enclaves espagnoles Melilla et Ceuta. Ils ont affronté des gendarmes
marocains et espagnols en donnant plusieurs assauts périlleux pour
l’eldorado européen. Et le monde a vu des images terribles et
découvert ceux qu’on surnomme les damnés de la terre ou les oubliés de
Dieu…
De plus en plus nombreux, ils viennent de presque toute
l’Afrique subsaharienne. Ce sont des hommes, des femmes et souvent
mêmes des enfants. Leur objectif : atteindre le rêve européen à tout
prix. Leur périple débute depuis le Sahara qu’ils doivent traverser,
tantôt à pied, tantôt en voiture. Et les ennuis commencent : soif,
faim, viols, bandits, gardes frontières, mort… Ceux qui survivent
jusqu’au Maroc ne sont pas au bout de leur calvaire. Ils doivent se
cacher, trouver des contacts, guetter la bonne occasion, espérer que
le rêve ne devienne soudain cauchemar.
Victimes de la mafia des passeurs
Au Maroc comme dans le reste du Maghreb, le trafic d’êtres
humains par les marchands de rêves sans scrupules est monnaie
courante et le commerce de ces derniers juteux. Le prix d’une
traversée varie entre 1 et 3 millions de francs CFA ! Traqué par la
police, difficile à démanteler, le réseau des passeurs est complexe.
Le pactole récolté financerait la drogue et les armes. Les « filles
d’Afrique » quant à elles vont ravitailler les réseaux de prostitution
en Europe. Un vrai business !
… et des barques de la mort
« J’ai tenté la voie maritime à 3 reprises, sans succès.
J’ai assisté à de nombreuses pertes humaines. Le bilan de la 3e
tentative s’est soldé par 7 rescapés dont moi-même et 35 noyés. »
témoigne Keita. Le décompte funèbre ne cesse de croître dans le
Détroit de Gibraltar et ses environs. Et les durcissements des
contrôles n’ont fait qu’aggraver les risques et augmenter les tarifs.
Beaucoup sont à cours d’argent avant même de passer de l’autre côté.
Quand tous les horizons se referment…
Fauchés, arnaqués, coincés entre la Méditerranée et le
Sahara, ils vivent des jours pénibles. Une Noire, un bébé pendu aux
seins, demande l’aumône dans un souk de Rabat ; un homme de couleur
tend la main aux passants, les yeux tristes. « Nous nous approchons
des maisons des particuliers et, discrètement, appuyons sur la
sonnerie avant de nous éloigner du portail de peur de les effrayer.
Ceux qui comprennent notre situation nous ouvrent leurs portes et nous
donnent des aliments, des vêtements ou des chaussures. » Affirme
Issouf. Les clandestins risquent à tout moment d’être arrêtés,
refoulés aux frontières et abandonnés dans le désert ou, plus
récemment, rapatriés par les airs. Tels des hommes qui n’ont plus rien
à perdre, ils sont prêts à tout tenter, comme ce fut le cas à Melilla
et Ceuta. Que de vies brisées pour un mirage…
Josué Djoblona
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