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MINI-MINI Médard


Nadjta Francis

Arts & Cultures

KAAR KAAS SONN
«Si une jeunesse ne peut pas rêver, on risque d’en faire des monstres demain»

Kaar Kaas Sonn, «l’enfant qui sait» et qui sonne a sorti au début de mars 2006 dernier son premier disque en France. TACATACATACATACATA, c’est le titre du disque. Voila qui sonne fort guerrier. Pour en parler, nous l’avons interrogé. Fidèle à lui-même, celui qu’un confrère français surnomme «Le Brassens d’aujourd’hui» ne mâche pas ses mots. Et cela, en gardant bien la tête sur les épaules…                 Entretien avec MINI-MINI Médard

Bonjour Kaar Kaas Sonn, tu viens de sortir ton album TACATACATACATACATA il y a quelques mois. Parle-nous-en un peu…

Bonjour et merci. Mon disque TACATACATACATACATA est le résultat d’un travail commencé il y a quelques années. Les textes ont été écrits à différentes périodes de ma vie (entre Bangui, N’djamena, Genève et la France). J’ai entrepris d’apprendre la guitare en 2002 et depuis, je fais des compositions et ce disque en est le reflet. Il a été bien accueilli par les critiques (Ouest France avec Michel Troadec, l’un des meilleurs critiques en France, Courrier de la Mayenne, Laval Infos, etc.) et les radios (BBC, France Inter, FIP, France Bleu, France Culture, Africa n°1, Aligre FM, etc.). Le titre est provocateur. A supposer que le disque soit vendu en grande quantité ou qu’il soit diffusé à grande échelle, tout le monde répétera TACATACATACATACATA et ça va finir par saouler ceux qui vivent de la guerre, aussi bien en amont qu’en aval, vendeurs d’armes et colporteurs de la mort en tous genres, qui, par notre silence, continuent d’endeuiller familles entières à travers le monde.

Pour ceux qui ne l’ont pas encore écouté, combien de titres compte l’album et quels sont les thèmes des chansons ?

Le disque comporte 15 titres. Les thèmes abordés sont divers et variés. Mais le fond est marqué par la vie difficile que mène tout enfant Tchadien, à savoir la guerre, la barbarie, la politique aveugle, ce que tu as vécu toi-même Médard, mais aussi les petits moments de bonheur…

Quelle est la nouveauté cet album par rapport à tes anciens produits ?

Avant, la musique était faite par d’autres. Ce furent Aimé Palyo, Caleb Rimtobaye et Fabrizio Colombo. Maintenant, j’ai fait toutes les compositions et joué de la guitare sur tous les morceaux. Le disque exhale donc un parfum typiquement kaarkaassonnien, avec l’apport de musiciens Français que sont David Tessier à la batterie, Claude Renon aux guitares additionnelles et à la contrebasse, Nicolas Rastoul à la basse et derrière la console !

Pour entrer en studio, tu as dû lancer un appel de contribution pour répondre à tous les besoins. As-tu eu des réponses à la hauteur de tes attentes ?
Oui, beaucoup d’amis ont contribué, tout comme des gens qui ont juste aimé ce que je fais. Les sommes allaient de 6 euros à 300 euros. Quelques compatriotes ont contribué à ce projet. J’en profite pour leur exprimer ma gratitude et ma reconnaissance !

L’album est t-il lancé au Tchad ?

Le disque n’est pas lancé au Tchad. Par contre, il est diffusé sur certaines radios au pays. Je ne sais pas à quel moment y faire son lancement.

On sait que tu vis en France depuis 2003, pense-tu que tes œuvres actuelles seraient possibles si tu vivais au Tchad ?

Je ne sais pas dans quelle mesure. Mais je faisais exactement pareil au bled, t’en souviens-tu, Médard ? Par contre je ne sais pas si ça avait le même impact que maintenant. Ici, beaucoup de gens ont accès à la culture et mon discours passe. Parfois difficilement, mais on en saisit la portée. Le titre BIENVENUE EN FRANCE est traduit en Hongrois et en anglais et paraîtra cet été dans la revue Internationale MAGYAR. Cependant il reste quand même vrai que quand les gens entendent le mot Chirac ou politique dans une chanson, ils ferment et le cœur et les oreilles, mais je ne pense pas que ce soit une attitude citoyenne que de laisser agir la résignation. Quand un journaliste dit par exemple que Mr. Le président a nommé un tel premier ministre, est-ce qu’il fait de la politique pour autant ? D’une manière générale, aujourd’hui, en tant que citoyen, est-il raisonnable de laisser les autorités restaurer la traite des nègres avec l’immigration choisie ? Cela me rappelle l’époque jadis où on allait capturer avec l’aide de cupides roitelets africains, les hommes robustes en Afrique pour les vendre comme du bétail à l’occident. Au contraire, ne pas dire son point de vue est hautement politique, c’est-à-dire qu’on accepte que les choses se passent ainsi suivant l’adage « qui ne dit mot consent ».

Profitant de ta position assez enviable par des nombreux jeunes artistes, y’a-t-il des gestes que tu poses pour aider la jeunesse du pays à sortir au moins un pied de la galère?

Je n’ai pas tout à fait les moyens nécessaires, mais je compte agir à ma manière. Je me dis que si chaque année, je réussis à envoyer une guitare au pays, ce serait déjà quelque chose. Le reste viendra si les moyens me le permettent. Mais en même tant, j’ai horreur du mot AIDE. Il nous a fait beaucoup de tort, pensez à l’Aide publique au développement et ce qu’elle engendre dans la mentalité collective de chez nous et son corollaire de dépendance insupportable.

Avant Kaar Kaas Sonn, la fierté tchadienne en matière du Rap en France est la méga star Mbarari Claude connu sous le nom de MC Solaar, as-tu des contacts avec lui ?


Je n’ai malheureusement aucun contact avec MC Solaar. Et ce n’est pas faute d’avoir essayé. J’aimerais le rencontrer, ne serait-ce que pour lui dire merci de m’avoir donné l’inspiration et l’amour du verbe. Avec Brassens, ils sont mes modèles. Mais Brassens n’est plus là !

Comme mot de fin, quelle serait ton message à l’endroit de  la jeunesse Tchadienne ?

Je dirais à l’endroit du jeune Tchadien de ne pas baisser les bras. Mais vois-tu Médard, cela peut paraître hypocrite que moi qui vis si loin des réalités du pays, je prodigue des conseils à ceux qui sont là-bas dans la mouise, et qui se laissent ronger par l’apathie et le désespoir. S’il y a quelque chose à dire, ce serait à l’endroit de ceux qui dirigent le pays. Qu’ils redeviennent des hommes, des pères de famille et donnent au peuple sa part du gâteau au lieu de le pousser chaque jour au bord du gouffre. Et ce ne sont pas les moyens qui font défaut. Si un peuple arrête de rêver, c’est sa mort. Parce qu’une nation, c’est un rêve ! Si une jeunesse ne peut pas rêver, on risque d’en faire des monstres demain. Je voudrais bien que Mr. Déby et sa bande de copains me disent que ce n’est pas cela l’avenir qu’ils veulent réserver à la jeunesse. Ils peuvent changer la situation, pour peu qu’ils en aient la volonté !

Propos recueillis par MINI-MINI Médard
Site de Kaar Kaas Sonn
www.kaarkaassonn.site.voila.fr   

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TACATACATACATACATA
  

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