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Kaar Kaas Sonn
sort bientôt un nouvel album
Article publié: 28-12 -08 | 20: 30|
wwew.RAFIGUI.Net
Tu
t’apprêtes à lancer ton
prochain disque. Quel est ton état d’esprit ?
Serein. Les enregistrements se passent bien. Aujourd’hui, il y a 15
morceaux quasiment terminés. On va entamer les mixages bientôt. La
sortie est prévue pour fin décembre ou début de 2009.
De quoi parlent ces chansons ?
Les chansons traitent des questions qui me tiennent à
cœur.
Qui me déchirent. Je m’interroge à travers les chansons. Par exemple,
j’étais à Montréal cet été ; cette chouette ville m’a touché. J’ai
fait une chanson pour en rendre compte. J’étais à Genève quand des
prêtres pédophiles défrayaient la chronique, j’ai fait une chanson
pour en rendre compte. J’étais
à N’Djamena, où des libérateurs du Tchad, armes aux poings, sont prêts
à en découdre avec Déby. J’ai fait une chanson pour en témoigner. Le
FMI et la Banque mondiale ont privatisé les États africains ; leurs
politiques inadaptées ont conduit ces États africains à la faillite.
Cela ne me laisse pas indifférent.
Est-ce dire que ton inspiration dépend des réalités vécues au jour le
jour ?
Tout à fait ! Je ne suis pas sûr qu’une chanson ait le pouvoir de
changer le monde. Tout au plus, peut-elle contribuer à parler au cœur
ou à la conscience des gens. À eux ensuite de savoir ce qu’il faut
faire. Et là, intervient une solution politique. L’artiste n’a pas de
pouvoir politique ; il ne fait pas de politique.
Que penses-tu de la situation politique au Tchad ?
Je suis triste de ce qui se passe au Tchad. Les acteurs politiques ont
contribué par leur
bassesse et leur concupiscence à faire du pays un chantier de guerres
fratricides. À force, ils ont fini par imposer la guerre comme seul
moyen de conquête et d’exercice du pouvoir. Le pire, c’est que ça
marche! Vous avez des marchands d’armes qui cautionnent et
entretiennent ces guerres. Vous avez des puissances qui sont encore
présentes sur le sol tchadien, qui maintiennent les conditions d’une
guerre interminable et de l’arbitraire comme système politique. Si
bien que ceux qui essaient de lutter politiquement passent pour des
couards, des incapables. Personne ne les écoute, si le pouvoir ne leur
marche pas dessus simplement. Souvenez-vous du Docteur Ibni Oumar. Cet
homme de grande valeur, qui comptait sur la lutte politique, a
disparu.
Ton propos semble fataliste. Pense tu qu’il n’y a aucune autre
solution ?
Peut-être faudra-t-il que des jeunes gens s’impliquent dans la
politique pour s’approprier la gestion du pays. Les dinosaures qui
sont aux affaires nous ont fait tant de torts.
As-tu le soutien des Tchadiens dans ta démarche artistique ?
Pas tout à fait ! J’ai du mal. Mais je comprends. De toute façon,
l’art et la culture ne sont pas ancrés dans nos habitudes. Est-ce que
les Tchadiens n’ont pas simplement honte d’être Tchadiens ! C’est vrai
que vu sous un certain angle, y a pas de quoi être fier du pays. Et je
ne suis pas le seul artiste dans ce cas. Quelques amis fidèles
m’épaulent, c’est rassurant !
Ton contrat avec ta maison de disque n’a pas abouti. Comment
comptes-tu réaliser ton disque ?
Eh bien, il ne faut pas baisser les bras. Je suis très influencé par
la philosophie africaine. Elle me persuade qu’il faut s’entêter à
préméditer ma propre réalité, à me projeter comme je veux que les
autres me voient. C’est alors qu’ils finiront par me voir comme je le
souhaite. Un artiste ! g
Quant à la maison de disque, c’est fait pour gagner de l’argent avec
ce que fait l’artiste. Ce n’est pas elle qui fait le talent de
l’artiste. Quelques amis cotisent et avec mes petits sous, je parviens
à produire un disque. Aujourd’hui, avec 10 à 15 000 euros (6 à 10 000
000 F Cfa), on peut réaliser un disque correct. Ce n’est pas une somme
astronomique.
Pourquoi ne sollicites-tu pas une aide à l’État tchadien ? Il semble
que l’argent du pétrole coule maintenant à flot. Cela peut servir, non
?
C’est tout à fait possible ; je n’y ai pas encore réfléchi. Il me
faudrait des arguments solides ! Comment persuader les décideurs
politiques que faire un disque c’est mieux que d’acheter deux
kalachnikovs et quelques munitions ? Vous voyez bien que l’argent du
pétrole, plutôt que de servir à l’éducation et aux générations
futures, sert plutôt à l’achat d’armes et de munitions pour tuer
d’autres Tchadiens ! C’est à croire que l’amour du prochain au Tchad
n’est pas encore inscrit sur le calendrier politique. Faut que j’aie
l’occasion d’en toucher un mot au chef de l’État, peut-être !
On note que tu écris aussi en nanjere, ta langue maternel et en
français. Qu’est-ce que cela te fait comme effet ?
C’est vrai que sur ce disque, il y a des morceaux en nanjere et
en français. L’écriture en langue est directe et quasi définitive. En
français, il faut refaire le texte, la musique et si possible,
plusieurs fois avant d’arriver. Ce qui n’est pas le cas en nanjere.
Cela induit un processus de création différent suivant la langue.
C’est aussi ma double culture ! Je suis fait finalement de ces deux
cultures.
Et cette chanson « casse-toi pauv’con », c’est un pied de nez à
Sarkozy ?
C’est une parole présidentielle qui a inspiré cette chanson. Je l’ai
écrite en référence à « Bouge de là » de MC Solaar. Je n’y parle même
pas du président Sarkozy.
Et « Bamboula »?
C’est une invitation au voyage au Tchad. J’aimerais bien que
des gens viennent visiter le pays. C’est un très beau pays, en effet.
Les chansons d’amour alors ?
Je chante le bonheur d’être en vie. Le bonheur d’aimer et d’être aimé.
L’amour reste la force qui nous fait vivre et espérer. On devrait
faire un référendum pour demander aux Tchadiens s’ils préféraient la
guerre ou l’amour ! Ce serait très joli !
Qu’as-tu retenu de ton voyage au Québec ?
La douceur et l’ouverture d’esprit des gens ! Cela m’a changé de la
France. Il y a également leur façon de parler et défendre le français.
Il y a le Mont-Royal, le vieux port, les jardins publics. Il y a les
filles… C’était magnifique !
Propos recueillis par
Aurore Nathalie Mukeshimana
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